20 février 2007
FF, nouvelle version
Propos d’une clarté tout
relative.
France Football est mort, vive
le Roi ! Ou l’inverse. Avec ces journaux monopolistiques, nous ne savons
plus très où nous en sommes.
Tout du moins s’agit-il de la
version 4 de la bible du sport chéri, une mise à jour nécessaire selon l’édito
pour ce journal soixantenaire.
La mise en page a été modifiée,
les pages de brèves news ont disparu au profit d’articles plus clairs et sans
doute plus intéressants que ces listes minimalistes AFP aux allures de petites
annonces où nous pouvions attraper le curriculum vitae de Rothen pour son futur
club ou la braderie olympienne des jambes de bois de Cissé (Djibril le Cissé,
ne mettons pas toutes nos acidités sur le même club).
Fi d’un avis quelconque sur la
nouvelle mouture qui offre des ballons d’Or à n’importe qui puisque tous les
goûts sont dans les pelouses.
Force est de constater,
cependant, que FF a repris la rubrique culturelle des Cahiers du Football tant
convoitée. Cela vaut un procès et une interview par Jean Edernalier ou Gérard
Houllier, bref, un philosophe d’aujourd’hui.
Il aura donc fallu soixante ans
pour que la presse officielle comprenne qu’un lecteur de France Football n’est
pas qu’un vétéran du dimanche matin et de troisième mi-temps (preuve vivante à
l’appui sur simple demande par courrier avec fourniture d’un timbre surtaxé
pour colis de plus de 80kg).
Ah la belle page culturelle où
nous apprendrons tout sur le tricotage des maillots en peaux de léopards
tamisés des Ardennes et sur la vie sexuelle du sportif après un match (ce qui
est, convenons-en, fort difficile, si le match fut déjà physique –mais
correct-).
L’édito du jour affirme une
nouvelle fois la place prépondérante du canard (quelquefois des WC) dans le
monde du football, sorte de référence pour les footballeurs, les supporters et
la presse professionnelle elle-même qui n’hésite pas à s’auto-louanger.
France Football et L’Equipe. Le
tour est fait, et sans dopage littéraire.
C’est donc sans grande surprise
que j’acquière la nouvelle formule de FF à l’aube des vacances (il faut bien
vivre comme dirait Thierry, surtout lorsque Madame conduit et que la route des
cimes n’est pas encore en vue – tout le monde sait que les dames n’aiment pas
conduire en montagne-).
J’achète FF en congés, comme
L’Equipe lorsque je me sens zélé ou le temps est vraiment irritable.
Donc, FF est inévitable.
Sauf une fois par mois avec les
CdF. En fait, même pas car les CdF étant alternatifs, ils ne servent pas la
même cause. Heureusement.
Si les autres revues/journaux
sur le sport/football n’arrivent pas à s’installer sur le même créneau de la
presse écrite que L’Equipe et FF, c’est qu’il y a bien une raison : le
copier-coller ne marche pas face aux dinosaures qui s’autoregardent dans la
glace et se congratulent humidement, comme un soir d’automne sur les bords de
l’Yonne.
Quelle autre presse, décalée,
d’un regard différent, aurait sa place quotidiennement en France ?
Il n’y en a pas.
Il ne s’agit pas de passer
aux Cahiers du Football de la pommade qui chauffe avant les matchs sur les cuisses et les mollets un
dimanche matin d’hiver (que ceux d’entre vous qui n’ont jamais essayé la pommade Musclor me
jette le premier crampon de douze vissé) mais je m’interroge sur la capacité de
faire, de concert, qualité et quantité en presse.
L’article de L’Equipe qui fond
son encre sur nos doigts moites n’aura jamais la profondeur de champ d’un des paragraphes des Cahiers. Question de temps pour fabriquer un texte.
Tout du moins ose-je inventer
cette excuse pour m’abreuver des banalités mille fois exprimées (chaque semaine
de chaque année) dans les passages de FF.
Parce que vous n’allez pas me
dire que FF et L’Equipe font exprès de resservir la soupe sans effort ?
Bon, à part parce que les gars
comme moi collectionnent quand même les éditions pendant les grandes compétitions
malgré leurs désuétudes.
A part ça ? Hein ?
Alors est-ce possible d’être
alternativement volumétrique dans l’inventivité ? *
Fabrice Lucchini disait lors
d’une publicité diffusée sur une station libre : « Rendez-vous compte
qu’il y a des gens qui analysent le sport ? »
Ben oui. Mais le font-ils
bien ?
La nalyse ne peut se faire qu’épidosi édopi
épisodiquement avec qualité (par exemple après un match de l’Equipe de France)
et avec humour et pas, chaque jour, après ces milliers de confrontations
poilues qui courent les pelouses mondiales chaque jour.
Si L’Equipe a encore cette
excuse du travail dans l’urgence, FF ne l’a presque pas : un bi-semainuel n’est pas un quotidien.
Ou
alors s’agit-il d’une ligne éditoriale qui se veut volontairement fade et
dénuée d’humour corrosivement farceur ?
Donc,
FF, malgré la forme, ne change pas le fond.
Et
dire que ça a l’air satisfaisant.
* Après lecture
de cette phrase, prenez un triple sky-coke et la vie vous paraîtra plus simple.
06 février 2007
Mais que sont devenus les Marseille – PSG ?
Il y a une époque que les moins de quinze ans ne peuvent pas
connaître. C’était l’âge bénit des cuissardes moulantes sous les shorts et des coiffures
technographiques à Ginola.
Alors que je regardais dimanche soir d’un œil distrait le
choc, le clasico, le derby national Marseille – Paris, je me demandais comment
remplir la rubrique « Mais que sont-ils devenus ? » avec Eric Di
Méco et Carlos Mozer.
Il est vrai que depuis dix ans, les deux équipes jouent les
grands écarts au classement ou, se morfondent dans le ventre mou de la Ligue 1
à chaque confrontation, enlevant ainsi l’intérêt comptable du match.
Mais tout l’attrait de la partie est ailleurs, il est dans
l’affrontement Capitale – Province, dans l’aura des deux clubs français les
plus côtés dans le gotha européen (n’en déplaise à Jean-Michel, fervent lecteur
de la région
Rhône-Alpes) et dans cet historique violent et créatif des
années 90.
Rendez-vous compte, il n’y aura pas eu, ce dimanche de
février, un seul fumigène bien employé sur le buste d’un supporter adverse, pas
un échange de siège molletonné façon colonne de Burenne, à peine quelques
insultes sportives dans les tribunes que les médias ont bien gardées de
surexposer par sono de 5000 watts interposée.
Ah, où est ce luxe d’antan où les bus se faisaient
caillasser et les feux de Bengale prenaient sur les vêtements en lycra ?
Malgré une poignée de mains feutrée entre les deux
entraîneurs, il n’y eu même pas de paroles déplacées, de tapes franches qui
démettent les cervicales, de croche-pieds dans l’escalier. Rien.
Même José Anigo se porta bien. Il est vrai que la sécurité
du club avait pris soin de ranger toutes les bouteilles d’eau de javel au cas
où l’envie lui prenne de faire briller les vestiaires adverses (par souci de
bien faire, petit manuel du Comment
recevoir par José).
La proximité du choc des Olympiques du milieu de semaine
dernière en Coupe de France calma également les déversements bilieux des
journalistes avides de petites phrases mesquines à l’approche de cet OM-PSG des
familles.
Canal+ fit tout de même son grand format, mode Très Grand
Match, mais sans saveur particulière. Zidane ne s’était pas déplacé sur la
palette technique de Philippe Doucet, il ne s’agissait pas du 10000ème match de
Ligue 1 retransmis par la chaîne cryptée, juste une belle affiche de papier
journal.
Et les joueurs ?
Ils sont tous amis vous dis-je. Ils rigolent, se serrent les
paluches comme dans les salons de remise de Trophées UNFP.
Ils se racontent leurs dernières vacances et sortent des
bonnes blagues sur Guy Lacombe.
Ah le foot a changé ! Triste époque où le dopage ne se
limite plus qu’à quelques antidépresseurs d’avant match pour calmer toutes
velléités et ardeurs hormonales bien masculines.
Les sensibilités ne se heurtent plus, ça fait mauvais genre,
ça ne fait pas lisse, pas politiquement correct.
Même un imbécile de Canal a osé dire qu’on avait de la
chance, en France, que ce match ne prenait pas des allures de Calcio sicilien.
Comme si nous étions exemplaires…
Heureusement, prenant conscience in extremis de sa
divagation, il se reprenait avec un ‘nous n’avons pas de leçons à donner’.
Donc le match, les joueurs.
La première mi-temps fut avenante avec des fautes viriles, à
peine incorrectes. Chaque équipe veut marquer son territoire comme si uriner
sur la pelouse pouvait faire fuir des adversaires cramponnés.
L’arbitre, breton de sa Fédération ne s’appelait pas
Stéphane Bré et donc n’était pas là pour faire du zèle comme à l’automne, pour
le match aller. Il tint tout à fait correctement les vingt-deux acteurs.
Avez-vous remarqué que l’appellation courante ’les 22
acteurs’ prenait toute sa consistance sur les sauts de Rothen et sur un
plongeon en surface d’un Sylvain Armand porté vers l’offensive ?
Ah ces joueurs, ah, ces acteurs.
Quelques coups d’épaules, des baffes en l’air derrière la
caméra, l’usage des coudes, on s’observe.
Match équilibré, quoique légèrement haché. Plaisant pour un
OM-PSG.
Pendant le calme affiché, je repense aux applaudissements
qui concluaient les tacles aux genoux des années 90, lorsque Tapie jetait de
l’huile sur le feu, intimidait autant son équipe que les parisiens.
Où sont passées les faucheuses automatiques qui sévissaient
sur les ailes ?
Que sont devenues les échauffourées, mêlées multicolores
organiques dans lesquelles les deux équipes s’échangeaient leurs poings de vue
(ou même à l’aveugle du corps arbitral pour les plus fins) ?
Quel calme. A faire pâlir un hooligan du Feyenoord.
Le retour au vestiaire n’engagea même pas de discussion
entre un Galtier et le sensible Gallardo.
Piètre et fade mise en scène sans saveur.
La seconde mi-temps s’agita avec un rythme plus élevé, des
attaques enflammées, des coaching ambitieux.
Le match prenait sa véritable valeur lorsque Cissé contra la
malléole de Yépès. Enfin un peu d’action digne d’intérêt.
Cependant il est bon de préciser qu’à l’époque où Carlos
Mozer piétinait les parisiens, nous pouvions constater que le Sud-américain
était bien plus solide et dur au mal.
D’ailleurs, dans son souhait de vengeance bien naturel,
Mario rata la nuque de Djibril quelques minutes plus tard. Carlos, lui,
n’aurait pas été si humble pour cravater sa cible.
Il faut dire aussi que les défenseurs manquent de ce poids
qui ajoute au mauvais geste maladroit toute sa douleur. Ronald Zubar ou Julien
Rodriguez n’ont pas le physique poétique d’un Basile Boli.
De là à penser que Nantes ne recrute que des organismes sur
modèle de Carrière pour les diffuser en Ligue 1 (notamment à Paris).
L’honneur de la partie est sauf puisque Mario peut désormais
se perfectionner sur Nintendo jusqu’à la saison prochaine.
N’en déplaise à Alain Caysac, une fracture de la malléole
vaut moins de points sur l’échelle de Cissé que la blessure qu’un double tibia
– péroné.
La Ligue a décidé d’officialiser cette nouvelle échelle de
mesure afin de déterminer le nombre de matchs de suspension suite à une
blessure en match.
L’échelle de Cissé dit donc :
- Frau contre Noro (6 mois d’indisponibilité) : 2 mois
de suspension
- Cissé contre Yépès (3 mois et demi d’indisponibilité moins
2 mois de jeu en réserve à cause d’une histoire de penalty provoqué par
ascenseur dans la surface par le Colombien dans un prochain match, soit 1 mois
et demi seulement d’indisponibilité réelle) : 3 matchs de suspension (à
venir).
Le reste de la partie fut anecdotique : deux buts
mérités, une fin de match assez folle pendant laquelle malheureusement, tous
les portables et batteries furent évités par les juges de touches.
Des déceptions de part et d’autre au coup de sifflet final,
pas de cocards, pas de bas déchirés, pas d’œufs de pigeon sur les crânes, pas
de crachat (le retour de Barthez est attendu avec excitation au Vélodrome avec
Nantes).
Les entraîneurs sont restés tout à fait corrects dans les
conférences de presse (Anigo avait été bâillonné par sécurité et par Pape Diouf
devant Kachkar pour démontrer la répartition des rôles dans la Direction de
l’OM).
L’Equipe titrait le lendemain « Paris relève la
tête » dans un petit encart alors que le gros match était la défaite de Lyon.
Quand je vous dis que les Marseille – PSG ne sont plus ce
qu’ils étaient…
Triste époque.