13 juillet 2006
Kronique N°50 – La der avant la prochaine
Lorsque j’ai mis en ligne la Kronique n°1, nous étions le
premier jour du Mondial allemand. Quelques intervenants invités de premier
ordre, 35 jours et 50 notes plus tard, je vais fermer la Kronique.
Je me demandais à l’époque ce que je pourrais bien y mettre
dedans sans avoir l’air de trop radoter et en ayant l’impression de faire
quelque chose d’intéressant. Pour moi et si possible pour vous.
Je constate que le nombre de lecteurs a constamment évolué
durant ces semaines.
Je remarque aussi que : utiliser « justification Zidane,
Materazzi coup de boule, slip homme gros paquet, thierry Gilardi est-il marié, rumeur,
ma scelle me fait mal au cul, monica bellucci, supportrice brésilienne, bar de
fille à Lisbonne, Lorie dénudée » sur Google conduit à ce blog (véridique).
Parmi toutes ces recherches fantasmagoriques, il y a tant de
références sportives que je suis admiratif face à la reconnaissance de mon travail.
Je me suis amusé, via les lectures passionnantes et
fleurissantes sur cette Coupe du Monde, à m’apercevoir que je ne disais pas que
des âneries. Considérons bien entendu que les digressions semi sportives ne
sont pas des âneries.
Cependant, à force de concentration sur l’évènement, j’ai
découvert le plaisir naturel que je pouvais avoir à persifler des idées autour
et sur le football.
Une confrontation, une épreuve, un fait de match, la taille d’un
crampon alu, la marque de la vache dans laquelle ont été taillées les nouvelles
Adidas, la longueur des cheveux de Zidane, la nuance de couleur de peau de
Thuram, les boules d’un sélectionneur espagnol, un but, un non but, une faute,
un tibia - péroné brisé, la nostalgie de temps d’avant que Platini soit gros et
cravaté, un argentin cocaïnomane, le football suisse, un rien me permet de
pondre une note d’une bonne page (mais peut-être pas une bonne note d’une
page).
Je n’osais pas précédemment tailler des cuissardes au football
(ma passion, c’est le football) parce que justement, le football a cette image
dégradée dans l’esprit de beaucoup de gens normaux.
Argent, dopage, magouilles, violence. C’est restrictif mais
réel. J’ai beau me forcer, lorsque je vois un ballon, je ne vois pas cela. Mes
confuses.
Faisons un parallèle entre le football et la politique. Nous
sommes tous d’accord pour dire qu’il y a bien des imperfections (humaines) dans
nos systèmes politiques. Et pourtant la politique reste nécessaire.
Ben, le football, c’est exactement pareil.
(Ok, le parallèle était osé mais je n’ai jamais aimé la
géométrie).
Quel sport aujourd’hui ne demande pas des capacités physiques
contraignantes, n’est pas lié aux brassages de billets, n’a pas subi de
tractations frauduleuses …
Même le patinage artistique fait discuter autour des décisions
des juges.
Il resterait bien la pétanque mais avec la vidéo, je suis
persuadé que nous découvririons des choses pas très propres. Normal, à force de
manipuler des boules.
Il faut donc supprimer le Sport.
Alors là, argument irréfutable mais je ne serai pas le premier
à voter ou il faudrait que Monica Bellucci me passe sur le corps (et paf Google).
Ou alors il faut chercher continuellement les mots pour vous faire aimer le Sport (le football, ne nous emballons pas pour le Rugby ou le Canoé-kayak).
Ne me demandez pas comment je peux avoir autant de tribulations
autour d’un ballon.
Il est bien possible que cette expérience se répète quelque
part. Peut-être.
Je vous remercie pour votre aide, vos interventions et vos passages.
Kronique N°49 – Saluons le héros

Après son interview effectivement très consensuelle, je reste d'accord avec moi-même, ce qui n'est pas peu dire.
Un petit regret me taraude. Quitte à être expulser en finale d'une Coupe du Monde, pourquoi ne lui a t-il pas échangé son pif en tomate écrasée pour sauce bolognaise, à ce Materazzi ? Hein?
Mais s'il l'avait fait dans le couloir menant aux vestiaires après avoir gagné la Coupe du Monde, ça, c'était la classe. Finalement, encore un peu perfectible ce Zizou.
J'en profite pour dire merde à tous ces journaleux rive gauche de la Seine sûrement plus polo que football: "dites donc, comparez le geste de Zidane à une vulgaire réaction de footballeur de banlieue (véridique), vous savez ce qu'il vous dit le footballeur de banlieue ? Hein, vous savez ?"
Moi aussi, je peux être un rebelle. D'abord. Si je veux.
Bon l'important, c'est quand même ma note ci-dessus linkée.
12 juillet 2006
Kronique N°48 – L'Italie en haut du paquet (2)
Comment peut-on faire pour truquer un match de football (ou de
Catch féminin dans la boue, je ne suis pas sectaire) ?
Si je passe volontairement sur toutes les méthodes liées à l’organisation, comme arranger les tirages au sorts des grandes compétitions pour obtenir un Allemagne – Brésil ou un France – Brésil en finale de Mondial (ça ne marche pas à tous les coups), il reste deux options : soudoyer les joueurs adverses (donc le Totonero des années 80) ou soudoyer les arbitres.
Le procès de Rome qui doit (devrait, éventuellement peut-être,
avec un peu de chance, si tout le monde est d’accord, et que les enveloppes
distribuées sous les tables entre prévenus, jurés, juges et parties sont bien
masquées) donner son verdict demain (il aurait été malvenu de donner les
conclusions la semaine dernière ou pendant les festivités de victoire).
Il s’agit donc d’une immense organisation avec un certain
Moggi, ex-dirigeant de la Juventus, à sa tête, qui manipulait la fonction
arbitrale en Italie (et peut-être aussi sur certains matchs européens) afin de
« faciliter » certaines décisions sur le terrain.
Oups, un penalty oublié, oups, un penalty sifflé, oh le carton
jaune, bigre, un carton rouge, diantre 11 minutes de plus pour permettre
d’égaliser ?!
L’arbitre peut orienter bon gré, mal gré, le cours d’une partie
en sifflant beaucoup, peu, en fermant les yeux ou en les ouvrant trop. Ce n’est
pas un hasard si aucun des titulaires avertis de France – Portugal n’ont eu de
cartons jaunes synonymes de finale sur le banc. Une finale de Mondial sans
Zidane ou Figo, c’est moins vendeur pour la Fifa.
De là à dire que la Fifa, pour des objectifs de gros sous
médiatiques, donne des instructions …
Heureusement qu’il existe des Zidane pour mettre une
organisation bien ficelée en l’air.
Donc, une partie du corps arbitral était manipulée (menacée ?) par Luciano Moggi et ses sbires pour aider la victoire de la vieille Dame (Juventus). Certains clubs comprenant la technique ont voulu participer au jeu (Fiorentina, Lazio de Rome, Milan AC) pour ne pas laisser passer le train de Moggi les bons tuyaux.
Les écoutes téléphoniques ayant piégées la bande à Lucciano sont
effrayantes pour l’image des clubs et de la Fédération. Ce n’est
pas un hasard si les principaux dirigeants des clubs et institutions ont
démissionné par précaution.Même le Lippi, sélectionneur champion du Monde, soupçonné de choisir
ses joueurs en fonction des consignes de Moggi, ne souhaite pas reconduire sa
mission à la tête de la
squadra. Le second entraîneur le plus respecté d’Italie,
Fabio Capello, fuit la Juventus pour aller trouver le Real. On se demande
presque ce que va faire Deschamps dans cette galère.
Si les échanges de faveurs sur tapis vert conduisaient à des
résultats assurés, certains joueurs n’étaient pas en reste. Pas fou, Buffon,
meilleur gardien du Monde, est impliqué dans des paris de matchs. Normal, en
tant que gardien de la Juve, il avait la source des informations pour arrondir ses
fins de mois.
Nous saurons rapidement quelles sont les responsabilités
directes, indirectes, si des titres de champions seront retirés, si des clubs
changent de divisions…
Le procureur a réclamé une Juventus en division 3 et les trois
autres clubs en division 2, plus des points de pénalités.
L’information qui court déjà atténuerait tout cela en projetant
uniquement la Juventus en Série B, ce qui expliquerait l’engagement de
Deschamps (à moins d’une clause de sortie si division inférieure).
Si la Juventus est en B, et étant donné son énorme implication dans
ce scandale, je supposerai que les autres clubs seront confirmés en Série A,
avec quelques amendes pour faire accepter cela.
Risible.
Il est des fois où les insultes sur un terrain de football me
paraissent plus franches.
J’imagine un Olympique de Marseille rétrogradé en seconde
division en 93 pour la preuve d’une tentative de corruption d’un seul match (cela ne dit pas s’il y en avait d’autres…)
et la légèreté des sanctions italiennes pour ces 4 clubs phares. Il est vrai
que le football est la seconde (première ?) religion du pays et que des
dirigeants politiques italiens avaient même proposé que l’on ferme les yeux sur
les joueurs litigieux en cas de titre mondial…
L’Italie tremble et je me demande quand nous y arriverons en France.
De source éventuellement sûre, il serait question qu’Aulas, président de l’Olympique Lyonnais, ait déjà bien décortiqué la technique. Il serait étonnant que nos dirigeants français ne lorgnent pas de l’autre côté des Alpes pour rattraper leur retard footballistique. Nous ne sommes pas plus bêtes que nos voisins quand même.
A côté de cela, de cette semaine agitée, Zidane va faire son mea culpa consensuel ce soir. Il
redeviendra cet homme gentil, affable, exemple pour les tous petits et pour
redorer une image que le Monde entier aura écorné plus que de raison en
oubliant que qu’il n’est qu’un homme.
Je crois désormais que de part ce geste incroyable, sa légende
sera d’autant plus extraordinaire.
Demain, réflexions et fin des Kroniques (enfin, normalement, peut-être, si tout se passe bien, si je ne reçois pas un chèque sous le bureau pour continuer…).
Kronique N°47 – L'Italie en haut du paquet (1)
Maintenant que le Mondial est terminé, nous allons pouvoir
parler de choses sérieuses.
Autant la France est connue pour avoir dix ans de retard sur
les Etats-Unis en terme politico-sociaux et taux d’obésité, autant nous avouons
aussi un décalage sportif avec nos voisins transalpins.
Tout ce qui suit pourrait être interprété
comme une arrière pensée de vendetta personnelle contre une nation qui vient de
gagner dans de honteuses conditions
la Coupe du Monde au dépend de la France mais ce n’est quand même pas de ma
faute si l’Italie se doit de plonger dans les magouilles à chaque fois qu’ils
gagnent une étoiles, non ! Non ? Bon. Et j’ai le droit de parler de
Berlusconi ? Non ? Bon.
Quand je pense à Bernard qui aura été pris à cause d’un
malheureux sac de biftons enterré dans un jardin du Nord, quel manque de
professionnalisme ! Bien sûr, le dénommé Glassmann à la langue pendue aura
été exclu du football et montré du doigt comme une oie grippale pour avoir dit la vérité. Il n’aurait pas
fallu lui construire une statue face à la mer du Nord quand même.
Alors bien sûr, nos agents de joueurs, joueurs, présidents, managers,
entraîneur-managers, directeurs sportifs tentent depuis des années de se transférer
les uns les autres sur le dos de la législation et des règles avec comptes en
Suisse homologués mais ce n’est que peu de choses par rapport à nos amis
transalpins. Je m’offusque contre les punitions exemplaires françaises qui
tuent les échanges de liquidités. L’usage d’un prix au kilo de bidoche de
mollets de footballeurs est monnaie courante (…hu
hu, si j’ose dire).
Etudions avec attention les manœuvres ritales (je vous rappelle que ce terme est affectif puisque je
suis toujours 50% du côté de Triestre et Venise tandis que ma femme est de 50%
de Sardaigne, c’est dire si je ne suis pas aidé) afin de se préparer à
ce qui mouvementera nos JT dans quelques années.
Dans les années 80, le Milan AC (pas
encore Berlusconien), la Lazio de Rome (connue
pour élever du fasciste à la graine) et d’autres clubs ont été rétrogradés
pour avoir osé truquer les matchs de championnats.
Les joueurs levaient le pied pendant les rencontres alors que
des gardiens évitaient de lever les bras.
C’est ce qu’on appelle le Totonero.
J’ai bien analysé tout le bazar, il me semble que toute cette
organisation à peine mafieuse n’a aucun rapport avec une histoire de Toto mais
je continue l’enquête.
(Et il parait que cela a motivé
le beau brun ténébreux Paolo Rossi à terminer meilleur buteur du Mondial
espagnol en 82 malgré deux ans de suspension de licence et de suppression de cannellonis).
Dans les années 2000, plus précisément depuis deux ou trois ans
et particulièrement cette dernière saison, nous avons le scandale des matchs
orientés à l’arbitrage latéral. Je ne sais pas encore quel joli nom les
italiens donneront à ces écarts de conduites. Je propose à tout hasard le Materazzi. Ça sonne tellement bien que
ça doit être creux.
Donc, pour gagner dans le célèbre Calcio (on dit Calcio en Italie comme pour la Liga espagnole, la Premier League anglaise et la Ligue 1 française ayant changé de nom depuis qu’Orange la sponsorise et qu’on ne marque plus un but), la Juventus et ses amis contrôlaient la masse arbitrale via un réseau de corruption pas piqué des hannetons.
La Juventus est un club de football délicat à manier car
Platoche, Zizou, Thuram, Deschamps, Trezeguet, Henry, Desailly, Vieira y sont
passés ou y sont encore. Il ne faudrait pas que faute aux italiens, l’aura de
ces formidables champions, propres sur eux, soit écornée. Donc, il semble évident
que les joueurs français n’étaient pas au courant de tout ce ramdam. Rendez
vous compte qu’il a déjà été question de dopage en Italie et à la Juventus, que
Zidane avait été convoqué. Comme si Zidane pouvait se doper. Pourquoi pas
Armstrong l’uni-couillu tant qu’on y est. Laissons de côté ces divagations pour
revenir au sujet (bien que pour Lance, avec les américains, je ne sais pas
trop).
Le truc un peu idiot de cette affaire là, c’est que les policiers
italiens ont découvert le pot à spaghettis pendant des écoutes téléphoniques qui
n’avaient aucun rapport avec cette pizza là (enfin,
ça avait un rapport avec d’autres magouilles, mais pas celles-ci, ce qui est
donc un peu bête. Je serai avocat, j’attaquerais le vice de forme).
Il y a un procès en cours depuis mi mai et, fait amusant (si,
si, ça m’amuse), c’est que le verdict va tomber demain ou très
prochainement.
Bref, plus personne ne suit (et s'en fiche), je vous donne rendez-vous plus tard pour la suite.
11 juillet 2006
Kronique N°46 – Mur raillé
Le maillot est toujours froissé sur le canapé. Il a le n°6 de 1998.
Le n°6, c’était Djorkaeff mais je pensais avant la compétition que ce serait Deschamps. J’ai toujours été admiratif de Didier et de son travail de l’ombre. Il est sans doute le plus grand bâtisseur de la victoire.
Cette année, si j’avais acheté le nouveau maillot, j’aurais
pris le n°15, Thuram.
Pour les raisons expliquées précédemment, ses adieux aux larmes
sont difficiles à supporter. Il a cumulé ce plaisir de gosse à cette volonté
d’homme pour tout donner sur un rectangle vert.
Je n’aurai jamais pu porter un n°10 dans le dos. Ni Platini, ni
Zidane. Bien sûr, ils représentent la technique, le beau jeu, l’art du ballon,
ils sont mis en avant, ils créent. Mais derrière eux, ce sont toujours des
Vieira, Makélélé et Thuram, Trésor, Bossis, Batiston, Tigana qui font ce qu’ils
deviennent.
Le Real Madrid n’a plus rien gagné depuis que le club n’a pas
su retenir Maké, et cela malgré Zidane et les autres stars.
Zidane a été élu meilleur joueur du Mondial, sorte de titre
posthume en quelque sorte. Remarquons qu’il n’y avait pas vraiment d’autres
joueurs aussi essentiels en sept matchs. Peut-être quand même Thuram. Mais les
défenseurs ne sont jamais gagnants aux concours du beau jeu, ni au Ballon d’Or ou
récompense de la Fifa.
Au football, on retient toujours le dernier buteur ou le
meilleur, celui qui marque le penalty, jamais un autre. On le félicite mais pas
suffisamment pour reconnaître la qualité intrinsèque de son jeu.
On se moque d’un tir de défenseur mais rarement d’un tacle d’un
attaquant.
Savez vous que le tacle est un geste technique pas si évident à effectuer sans emporter un bout d’os ou un courant d’air ?
Lors de la finale, Thuram a réalisé un geste énorme sur Toni en
pleine surface de réparation, un tacle venu de loin qui stoppe l’action de but
au dernier moment. Si l’attaquant rate sa frappe, la sanction est :
attendons la prochaine pour voir s’il met le but. Si le défenseur rate son
intervention, la faute qui l’incombe est évidente, un penalty ou un but tout
simplement.
Le défenseur est souvent sanctionné, rarement récompensé.
L’avantage, selon l’arbitrage doit toujours aller à l’attaquant.
Nous n’insistons jamais assez sur les qualités tactiques, de
coordination qu’il faut pour mettre en place le hors-jeu, la couverture
alternée en défense.
Un dribble est toujours plus télévisuel.
Sur un terrain de football, j’ai souvent eu le rôle de milieu
défensif ou de stoppeur, voire libéro. C’est peut-être ainsi qu’il faut placer
les humains qui ne sont pas dotés de la technique de Zidane.
Thuram avait un rêve fou, un jouet de gosse. On lui a reprit, ou on lui a cassé.
En 1991, lorsque Basile Boli pleurait de sa finale de Ligue des
Champions perdue aux tirs au but contre les yougoslaves aussi attentistes que
des italiens, il y avait toute la rage d’un joueur qui donnait aussi tout. Et
pourtant, Basile n’était pas un enfant de cœur.
Thuram a pourtant déjà tout gagné dans sa carrière. Il a été au
sommet du Monde, de L’Europe, pour son pays et pour ses clubs. C’était son
dernier défi avec les autres vieux, avec Maké et Zidane.
Si demain, j’avais la possibilité de rencontrer une seule personne, juste pour causer, entre enfants presqu’adultes, avec douze petits mois d’écart, j’aimerais que ce soit Lilian.
Lilian, si tu me lis...
Kronique N°45 – L'exemplarité
Je ne devais pas réagir à chaud.
Surtout pas à 23h, ce dimanche soir 9 juillet, lorsque l’équipe
de France récupérait ses médailles amplement méritées mais pas suffisantes,
pleurait et que Zidane, l’indispensable, avait explosé trente minutes
auparavant.
Je lis et j’entends tout sur sa réaction impulsive qui clôt une
carrière épatante. L’exemple, les enfants, idiotie, impardonnable, inexcusable…
Cette expulsion, sa quatorzième sur un terrain, n’était pas la première mais sera sa dernière. La fin est cynique.
J’essaye de replacer le contexte d’un joueur qui décide de faire d’une Coupe du Monde son dernier combat, de rapporter le Graal avec une bande de copains. Il n’y avait plus que cette finale entre ce qui l’a fait vibrer pendant 34 ans et le vide de compétition qui suit. La planète l’attendait au tournant, il a démontré en deux matchs contre l’Espagne et le Brésil que sa réputation n’était pas erronée, ni exagérée. Alors il y a la pression, les pensées qui s’échappent et ces cons d’italiens qui lui râpent les chevilles depuis cent minutes, qui l’insultent parce qu’ils savent le bonhomme et le contexte. Mais ces cons d’italiens ne font peut-être rien de plus que tous ces cons de footballeurs de tous les pays qui jouent de l’intimidation et de mots déplacés pour déstabiliser un adversaire. Rien de plus.
Materazzi était donc un con, grand certes, mais un con quand
même. Mais Zidane avait l’expérience, l’âge, le recul, et n’avait peut-être pas
la langue dans sa poche non plus. Zinédine n’est qu’un homme, c’en est même
étonnant puisqu’on dit de lui qu’il est divin, alors il a déconné. L’espace
d’une seconde, ça a fait tilt, il a oublié ses potes, la finale, ses promesses,
les enfants l’exemple, sa carrière, son image pratiquement parfaite,
l’évènement, l’arbitre.
Zidane a-t-il le droit de faire ça ? Barthez avait-il le
droit de cracher sur un arbitre ? Cantonna devait-il faire un kung-fu sur
un supporter de Crystal Palace ? Et Totti, aussi en plein Mondial, crachat
t-il, et d’autres encore.
On attend tous d’un homme public qu’il soit irréprochable,
lisse comme un Fabius couvert de sang contaminé en pleine campagne.
Je ne suis pas d’accord. Chaque personne a la liberté profonde
de déconner.
La seule obligation qu’il doit avoir, c’est d’assumer son
geste, si con soit-il.
Barthez n’a jamais regretté son imitation de lama. Qu’aurions-nous
fait dans la même situation ?
Règles et devoir d’un homme public : être propre sur lui.
Non, l’homme public a l’image que le public lui donne avec son accord ou non,
d’ailleurs.
Zidane assumera son coup de boule. Il n’y a pas à l’excuser ou
le pardonner, il est libre comme une mouette qui suit un chalutier en pensant
qu’elle va avoir du poisson (phrase qui d’ailleurs
ne veut rien dire, un mythe est tombé).
Alors les enfants, bah oui, les enfants, le mauvais exemple.
Non, il y a là au contraire le meilleur exemple qui soit pour
eux.
Zidane, le meilleur joueur du Monde, élu par la Fifa (c’est donc
amusant ?) pour ce Mondial allemand a fait un écart relatif aux lois. Il a
été sanctionné, point. Peu importe son statut, il a été puni comme un homme
simple, par un carton rouge d’une part et ensuite par cette défaite dont il
pourrait être tenu aussi responsable, quoi qu’en disent ses partenaires
conciliants.
Qu’y aura-t-il de plus difficile à subir que les images de
Thuram et de ses potes en larmes alors que Zidane sera incapable de leur dire
comment se serait terminée cette finale avec lui.
Alors que la morale prude lui lâche les crampons, il suffit d’expliquer
la réalité des choses et je ne vois pas un seul gamin être traumatisé par ce
coup de boule de Zidane. Je ne pense pas qu’un seul gamin accepterait d’être
montré du doigt par ces camarades, suspendu par un entraîneur ou une maîtresse
et porterait avec plaisir cette culpabilité.
Quant à l’explication du geste, le coup de sang. Zidane est humain et c’est tout. Je me rappelle un match du dimanche matin bien moins encadré qu’une finale de Coupe du Monde où un de mes amis avait failli se faire couper en deux par la brute d’en face (1OO kg, 1m90). Je l’ai regardé de mes trente kg et dix cm de moins en lui expliquant qu’il n’aurait pas intérêt à se retrouver dans ma zone pour le maintien de sa malléole.
Je
savais bien que je ne m’en sortirais pas indemne en le taclant 5 minutes après
(et en ratant sa cheville, ce qui est bien malheureux) mais je l’ai fait et ai
gagné le droit de faire réparer ma chaîne (c’est qu’il m’a attrapé par le colback
cet espèce de Materazzi de banlieue).
Bon,
il n’est pas question d’applaudir le geste (d’autant que si ça avait été Pirlo,
il aurait eu le pif en sauce tomate), mais de relativiser.
10 juillet 2006
Kronique N°44 – Sobre comme un supporter
Le supporter est frivole, et souvent de mauvaise foi. Sinon, à
quoi cela servirait d’être supporter ?
Il lui arrive également d'user de grossièretés mais il est des temps difficiles où on lui pardonne.
En fait, malgré le mérite, la volonté l’abnégation et le talent
exprimé depuis quinze jours, la
France a été rétamée au plus mauvais moment.
La Desch’
disait qu’une finale, ça se gagne (la
Desch’, c’est Deschamps).
Lorsque que le journaliste demande à Raymond, encore tout incandescent
de la séance de tirs au but, s’il était satisfait du parcours de son équipe
malgré le résultat, Raymond répond sans hésité que ‘c’est bien français de se satisfaire d’une défaite’.
Non, Raymond ne peut pas être content de perdre en finale, même
si le pays a éliminé l’Espagne, le Brésil et le Portugal en ayant poussé l’Italie
derrière ses derniers retranchements de polenta asséchée.
A côté de cela, l’Italie, quadruple championne du Monde (ça fait quand même un peu mal au cul) a combattu
l’Australie, l’Ukraine et l’Allemagne comme seul combat réel.
Quand on parle italien, on loue Buffon, Cannavaro, Pirlo,
Gattuso. Où sont Del Piero, Totti et cie ?
Mais l’Italie a gagné comme la France a vaincu les lusitaniens, sans briller, en assurant l’essentiel.
Donc, l’Italie est un beau champion qui respecte ses valeurs
ancestrales de catenaccio. Et c’est
tout.
Les meilleures équipes allemandes, italiennes, brésiliennes ont
perdu plusieurs fois en finale pour obtenir les étoiles.
La France rentre donc dans le rang des équipes potentiellement capables de remporter la timbale, il faut simplement le temps de rattraper le retard de presque un siècle, en espérant que les autres ne marqueront pas tant de points.
Mais non, ce n’est pas satisfaisant de perdre en finale. Le
parcours, je m’en tamponne le coquillard, je m’en bats l’œil avec une pelle à
tarte. L’Italie n’a pas fait un beau Mondial mais a gagné. Va bien falloir
apprendre à renforcer les tibias de Cissé, à faire jouer le prochain Zidane sous
Valium, à ne pas sélectionner des joueurs pour qu’ils fassent cameraman
(Dhorasoo), à ne plus appeler Sylvestre, à expliquer à Ribéry qu’il ne doit
plus admirer ses adversaires, à dire à Henry que le coup de coude dans la
jugulaire, il doit le donner avant Cannavaro, à faire pousser la moustache à
Raymond car il faisait plus peur avec…
La France
invente une compétition et n’est pas le meilleur vainqueur. Chié, merde.
Il faudrait aussi que l’arbitrage vidéo ne soit pas utilisé
hypocritement que quand un joueur français fait sa corrida mais aussi quand les
ballons rentrent dans les buts. Chié, merde.
Raymond dit aussi que cela faisait longtemps qu’il avait rayé
Coubertin de sa liste personnelle. Quel âne ce Coubertin. L’essentiel est de
participer. Et mon derrière, c’est du poulet ?
Dans les sports d’aujourd’hui, le romantisme de la défaite
française n’est plus de mise. C’est bon, l’image de la France qui joue bien mais
qui perd à la fin, tout le monde s’en tape au 21ème siècle. Chié, merde.
Alors après, il ne manquerait plus que la France joue mal et perde
quand même. Si, c’est possible, c’est typiquement français de devoir réunir la
fierté du beau geste et l’efficacité.
Par exemple, un tacle doit se faire sans casser la jambe de l’adversaire.
Et pourquoi, si le ballon est quand touché en premier ? Chié, merde.
J’avais prévu Allemagne – Italie en finale. Je savais donc bien
qu’on n’irait pas au bout, je devais m’y attendre, me préparer un cataplasme
psychologique. J’avais raison. Chié, merde.
Le sport, c’est aussi apprendre à perdre ; cette
frustration construit le sportif mentalement et l’aide à refuser la défaite
pour la prochaine fois. Ok, pour le sportif, mais le spectateur peut écarteler un
supporter du PSG pour se détendre quand même ?
Non ? Chié, merde.
Pourrai-je supporter à la prochaine finale perdue, JP Pernaut, sur
une terrasse surplombant des Champs-élysées cyniquement délaissés à 23h (mais
JP disait que c’était la fête quand même), interroger des spécialistes du
football comme Cauet ou Lorie ? Chié, merde.
C’est bientôt la fin des Kroniques. Chié. Merde…
Kronique N°43 – Le final
J’avais tourné en rond toute la journée, même fait une sieste
pour passer le temps, regardé la finale de Wimbledon en diagonale,
visionné les différentes rétrospectives proposées. J’attendais comme à
l’habitude mon poteau à cinq minutes des hymnes.
Juste avant, je respectais le protocole.
A un quart d’heure du coup d’envoi, j’enfilais le maillot, je
mettais le déodorant en terminant par un V sur la poitrine. Le flacon était
pratiquement vide, il en restait assez pour un dernier match.
Je préparais les verres sur la table basse mais je ne les
remplirai qu’à la mi-temps avec une bouteille d’eau gazeuse pleine. Comme
d’habitude. Les hymnes résonnent et nous sommes debout bras sur les épaules.
Fiston s’accole à nous et cherche Zidane des yeux. Nous lui expliquons qu’il
s’agit du chauve sans penser qu’ils sont presque tous chauves dans cette équipe
bleue, non blanche.
Nous nous rasseyons, j’ai terriblement chaud et les mains
moites. J’ai une jambe tendue, l’autre pliée sous moi. Il faut commencer le
match comme cela et prendre la position mystique dès que cela tourne mal.
Je n’aurai pas attendu longtemps. Henry se prend un bus italien
sur les cervicales et reste groggy. Je m’assoie immédiatement en tailleur, les
mains jointes, doigts entrelacés, presque comme une prière mais les deux pouces
sont relevés. C’est la position, celle que j’avais trouvée contre le Togo et
qui fonctionne.
A peine quelques minutes ont passé que Malouda s’infiltre dans la surface de réparation et s’écroule, bousculé à l’évidence par deux moissonneuses batteuses italiennes en retard. J’avais beau revoir l’action plusieurs fois, je ne retrouvais pas la faute qui paraissait si incontestable en direct.
Je reste circonspect. Zidane s’élance et tente, réussit avec réussite, une panenka, cette sorte de frappe piquée, lente, signe d’un joueur culotté. Je n’aime pas les panenkas, les joueurs adverses non plus. Personne n’aime ce tir, interprété comme un manque de respect. Je pense que Zidane n’aurait pas dû, il sait enrouler des bonheurs de ballon dans le petit filet comme contre le Portugal il y a quatre jours, un siècle.
C’est un signe. Dans un match, peu importe qu’il fut une finale, je conviens que nous n’avons jamais rien sans rien et qu’à un moment donné, il y a ce retour de bâton. Je m’inquiète de la suite. Un penalty peut-être non justifié, une panenka, hum, je n’aime pas ce début de match trompeur.
Il équilibre sans doute les erreurs d’arbitrage de ce début de
compétition contre la Suisse et la Corée,
mais tout de même.
L’égalisation sur corner arrive vite et remet les pendules à
zéro. Logiquement.
La France
manque de se prendre deux autres buts sur des mêmes corners et têtes de
Materazzi , drôle de défenseur géant et Toni.
La première mi-temps est insupportable, les italiens sont
supérieurs, tactiquement, physiquement, ils se jettent sur les ballons,
interceptent deux secondes avec les français. J’attends le repos avec
impatience en espérant que Raymond et les joueurs se replaceront dans le bon
sens.
Les minutes s’égrènent et je n’arrive plus à positiver.
Coup de sifflet, tour du jardin, quelques frappes de ballon Némo, dribbles avec le chien, nous
parlons des vacances qui approchent. Le quart d’heure passe trop vite cette
fois ci et je crains de retrouver l’envie italienne plutôt que la maîtrise de
nos tricolores.
La seconde partie est tout autre. Je râle sur les décisions arbitrales toujours moyennes. Sur quelques sauts, le joueur français est toujours pénalisé qu’il joue le ballon ou non. L’arbitre nous oublie un vrai penalty. Je ne dis presque rien et imagine que c’était logique à cause du précédent. Les italiens ne pourront rien réclamer à la fin. Ah ! la fin, elle approche et les français se montrent plus frais physiquement, étonnement plus en jambes pour tous ces trentenaires décriés.
Peu d’actions, de tirs mais la pression reste française, presque à l’image du dantesque France – Brésil des quarts.
Vieira se blesse, tout seul. Diarra prend le relais en ne
prenant pas la mesure du match immédiatement. Vieira était rassurant,
percutant. La vieille garde perd un de ses meilleurs. Je n’aime pas. De moins
en moins. Je repense à cette statistique étrange qui veut que l’Italie aille en
Finale de Mondial tous les douze et qu’ils en gagnent une fois sur deux. Ils
ont perdu en 1994.
L’Italie résiste en faisant de la figuration. Les chocs sont
rudes et plus engagés du côté transalpin.
De Rossi, le casseur de pif américain, expulsé depuis le
deuxième match, se prend une manchette. Je souris en me demandant s’il sait
désormais ce qu’on ressent.
Les italiens ont marqués cinq de leurs onze buts dans les dix
dernières minutes. Le temps passe lentement, nous attendons presque les
prolongations. Elles viennent.
Je me détends en faisant des étirements dans le salon. La
position tailleur fait souffrir mes chevilles et mes genoux.
Les prolongations ressemblent à la deuxième mi-temps. Les
italiens ont les chaussettes totalement vides et patientent pour l’exploit de
Buffon, meilleur gardien du Monde, aux tirs au but. Plus tard.
Nous avons encore temps de faire la différence.
...
104ème minute, il fallait que cela bascule d’un côté
ou de l’autre, qu’il se passe quelque chose. Sur un centre parfait, libre de
tout marquage, Zidane s’infiltre dans les dix-huit mètres pour smasher une tête
imparable. Le ballon vif percute la transversale, comme sur le penalty d’il y a
cent minutes de cela, Buffon est à terre, le ballon repique au sol, lui
rebondit sur le dos et rentre. Il avait été dit que Zizou serait le héros de la
finale. C’est une histoire de destin, comme la voix qui l’avait réveillé une
nuit d’août 2005 et lui avait dicté de revenir en équipe de France. Il n’en
avait alors pas terminé avec son Histoire de meilleur joueur du Monde.
2-1 pour la
France, j’ai sauté du canapé en hurlant, la petite, dans la
chambre au dessus appelle. Je serre les poings et me dis qu’il n’y a plus qu’à
tenir. Ce serait injuste que tout se déroule autrement.
Trezeguet est entré comme celui qui ferait peut-être de nouveau
la différence comme en 2000. Une action est symptomatique avec une échappée de
Malouda sur la gauche, il reste le centre en retrait mais la passe est mal
ajustée. Je rêvais tout haut.
110ème minute, il y a une altercation en dehors du champ des caméras. Le jeu s’arrête, les joueurs discutent, deux sont à terre. Le n°4 italien et le n°10 français. Les secondes passent sans décision, le téléspectateur attend le ralenti. L’arbitre central va finalement voir son assistant, nous voyons enfin l’action litigieuse. Materazzi et Zidane s’échangeaient des mots jusqu’à ce que l’un prennent le maillot de l’autre dans un poing serré, Zidane se dégagea d’un geste brusque et tous les deux simulèrent le choc. L’arbitre se dirige vers les deux, sort de sa poche un avertissement jaune clément pour les deux parties.
L’argentin ne veut pas gâcher la fête. Il aura raison.
118ème minute. Del piero s’échappe du côté d’Abidal.
Deux contre trois mais l’italien est frais de son entrée et fait la différence,
le centre au deuxième poteau lobe Gallas et le Toni se jette.
C’était la seule action de l’Italie depuis la 44ème.
Il n’y a pas de justice, j’hurle, ce n’est pas possible. 2-2.
Et merde.
Il reste une poignée de seconde qui ne changeront pas la face
du Monde, les deux équipes sont cuites al dente.
Il était dit que tout se finirait aux tirs au but parce que la
dramaturgie de la rencontre vaut cela.
C’est banal, les joueurs sont allongés, épuisés, Domenech fait
le tour pour les désignations. Cinq victimes. Henry et Vieira sont déjà dehors.
C’est à la fois trop long ou trop court, je voudrais profiter
de ce temps là. Contrairement au match, je sais que dans un quart d’heure le
champion du Monde 2006 sera désigné.
Je croise tout ce qui peut être croisé, j’ai le poing serré et
le lève à chaque but français.
Personne ne se met à la faute, Buffon n’arrête rien, Barthez
non plus.
A 4 partout, Del Piero, malheureux il y a six ans, frappe la
barre, prêt de la lucarne, à l’image du tir de Di Biagio en 1998. Il reste le dernier tireur.
Zidane prépare le ballon, l’embrasse comme un Platini le
faisait. Tout était préparé. Sa frappe trompe Buffon dans le petit filet, à sa
gauche cette fois-ci.
La France
vient de remporter sa seconde étoile. Je suis heureux comme un soir de 98 et de
2000. Je tape dans ma main de mon poteau, les joueurs s’enlacent, les italiens
sont défaits.
Je ne quitte pas l’écran des yeux pour tout recueillir, la joie
d’un groupe qui y aura cru.
Zidane sera ballon d’Or à la fin de l’année, c’est une
évidence, il aura su suivre les signes.
Vingt minutes plus tard, les klaxons résonnent partout, les cornes de brume, je suis dehors sur la petit table. Il fait noir, mon poteau est déjà parti rejoindre sa famille, j’ai sorti cette bouteille de champagne qui restait d’un anniversaire.
Je savoure un instant aussi rare que futile qui ne doit rien à
personne.
Des troupes bleu blanc rouge passent dans la rue.
Je savoure avec ma coupe.
Tout le monde est bien.
09 juillet 2006
Kronique N°42 – L'objectif originel
Ce n’est qu’au pied du mur qu’on voit le mur. Le mur est rempli
de spaghettis n°6 pas assez cuits et de boulettes de bœufs bien dures.
Autant dire que les ritals (c’est
affectif, pour moi qui suis 50% de la botte) ne vont pas se laisser
bouffer facilement.
A l’origine, j’avais fait ce pronostic idiot d’une finale Allemagne – Italie, en posant donc les transalpins comme favoris contre le logique pays organisateur. La France se faisait éliminer comme à son habitude en demi contre l’ogre allemand (j’étais toujours marqué par le double échec de l’autre siècle et d’autres combattants aux mâchoires fragiles et pénalisés par Luis Fernandez).
Mais nous y sommes et nous n’avons pas été battus par l’Italie
depuis 1978. Ce serait ballot de ne pas continuer bien que non illogique en
rapport aux qualités des italiens (sur le terrain, par dans leurs organisations
de matchs truqués).
J’ai entendu dire que la morale du football serait sauvée si
nos tricolores remportent la coupe à la boule en or. Mais vous savez, dans
notre monde, la morale…
Alors il va être question de volonté dans cet ultime match de
ce mondial.
Il y a un pari fou dans l’air et j’espère de tout cœur qu’il
sera réalisé, parce qu’il est méritoire.
La seule réaction de Thuram, gaillard de 34 ans, en larmes à l’aboutissement
du combat portugais mérite une issue heureuse. Faut-il donc avoir cette
trentaine installée pour se permettre ses réflexions humaines sur la base même
du sport.
Il se dit comme ce gosse à qui il ne suffit qu’un ballon pour
être heureux.
J’aime à penser que sous la carapace de formidable défenseur
aguerri aux joutes internationales et au compte en banque rempli des efforts
fournis depuis son adolescence (trop sans doute mais le Monde est comme cela),
il y a ce gamin qui jouait à Meaux pour le plaisir. Thuram sait trop bien que
sa fin sportive est proche pour ne pas en profiter et revenir sur ces années
avec une nostalgie réaliste.
Dans les différentes cours de récréations parcourues, de
l’école primaire au collège (au lycée, nous
dribblions les filles en jupe, j’affichais mon manque de technique, moi qui fut
toujours affecté aux tâches défensives), il fallait confectionner un
gros ballon avec une énorme boulette de papier que couvrions d’une bonne
épaisseur de scotch (durée de vie : dix
minutes avant de recoller le tout).
Il y avait des balles de tennis, de vrais et rares ballons en
cuir d’ours en peluche.
Pendant les cours les plus longs (comprendre
pénibles), je me rappelle de nombreuses parties avec la petite bille des
cartouches à encre. Il suffisait d’ouvrir la cartouche vide, essuyer la bille
et prendre nos crayons comme jambes. Au bout de chaque table, nous faisions
deux buts avec des gommes ou nos bidons de typex et la partie commençait. Les
professeurs devaient s’interroger sur les gesticulations brusques de ces élèves
de fond de classe et sur leurs nombreuses plongées sous les bureaux pour
récupérer les billes.
A l’âge de se réunir les samedis et dimanches matin entre presque grands avec la panoplie du footballeur de week-end, il n’y avait plus que le plaisir de se raconter la semaine passée, refaire les matchs de championnat, et taper dans la balle plus fort et plus précisément que ces potes de dix ans d’avant devenus aujourd’hui ces potes de vingt-cinq ans d’avant. Toujours les mêmes matchs, les mêmes quolibets, mais le jeu simple originel. Ça n’empêchait pas la compétition, bien au contraire. Je savais celui qui tentait le petit pont en repiquant de l’aile vers l’intérieur, je savais celui qui crochetait à droite plus facilement qu’à gauche, je savais celui qui jouait des épaules, ils savaient que je n’hésitais jamais à me racler les cuisses quel que soit l’état du terrain, juste pour faire comprendre que le ballon ne passerait pas.
Et nous savons tous aujourd’hui que, bien que plus lents, nos
esprits jouent comme il y a vingt ans.
L’équipe de France s’accroche à sa tactique défensive et à ses
contres teintés de technique zidanienne, elle n’a pas le plus beau football de
ce Mondial mais elle a le plus beau destin entre les pieds.
Sous couverts de son n°10 immortel, il s’agit du plus beau
scénario imaginable, cinématographique dirait-on, depuis peut-être Pelé, le
roi.
J’aime désormais à me conforter dans l’idée que la France n’est plus ce pays
du 20ème siècle qui savait perdre avec panache mais cette autre nation
sportive qui gagne avec une classe inimitable ou qui gagne tout court comme
savent le faire Brésil, l’Allemagne, l’Argentine, l’Italie…
Zidane a son portrait du 21ème siècle, la France pourrait aussi avoir
une image redorée.
Le sport, c’est si peu et tant aussi.
08 juillet 2006
Kronique N°41 – Le jour d'avant
Zidaniho
Il dit qu’il doit tout à l’équipe de France. L’inverse est
aussi vrai.
Epatant la galerie de deux buts lors de son premier match en
bleu voilà plus de dix ans, il sauvait déjà le pays d’une défaite contre la République Tchèque.
L’observant par intermittence à Cannes puis à Bordeaux, il traverse l’Euro 96
sans trop marquer son premier défi.
En fait, tout était déjà prêt pour la transition printemps - été
98. Aimé Jacquet l’aura observé tout de suite et l’a fait résonner à l’unisson dans
une équipe en inavouable quête du Graal.
Ce fut donc des gestes qui n’appartiennent qu’à lui, deux buts
improbables en finale contre le Brésil, de la tête, alors même qu’Aimé l’avait prédis.
Ce fut en club, du plaisir pour la Juventus, le Real, un but
extraordinaire en finale de la ligue des Champions contre Leverkusen. Toujours
des gestes techniques impossibles et on se demande quelle potion magique
remplissait son berceau.
La chute nationale en 2002 (alors qu’il s’était blessé et avait
peu participé, comme pour faire comprendre que ces défaites ne furent pas
siennes), puis en 2004 (alors qu’il était un des seuls à survoler les débats). Un
joueur ne fait pas une équipe.
Et puis il y a l’homme, irréprochable, presque trop lisse.
Quelques sursauts d’orgueil ou de nervosité comme un saoudien paillasson ou
quelques coups de tête le rendent normal.
Il annonce sa retraite voilà quelques mois pour mieux profiter
des derniers matchs et de son dernier pari.
En avril, ce n’étaient que des espoirs mais il sait que seule
la victoire est belle et que les temps ont changé.
Il est encore le meilleur joueur du Monde à 34 ans comme d’autres
l’ont été avant lui.
Un dernier match, en finale de Coupe du Monde c’est un
incroyable destin non ?
Je discutais il y a peu de cela. Comme si tout était écrit à l’avance.
Comme si finalement l’évidence de la difficulté des matchs de poules, la renaissance
espagnole, le sommet brésilien et l’arrachée portugaise étaient des étapes
nécessaires vers l’Olympe.
La saga zidanienne de 2006 ne doit rien à personne, ni à l’arbitrage,
ni à la chance.
Alors il reste un match qui sera une fête, quoi qu’il arrive
parce que Zidane sera l’homme de plus grand de la soirée. Il reste un soupçon d’apothéose
possible pour que Zidaniho aille soulever sa deuxième coupe du Monde, en tant
que capitaine. Ce serait beau non ? Comme une évidence.
Et je sais que le match devra être insupportable, que tous
devront se surpasser parce qu’on a jamais rien sans rien et qu’un destin se
mérite aussi.
Jusqu’à cet été et malgré l’historique déjà lourd de la
génération Zidane, j’avais toujours la préférence de souvenir d’enfance et d’adolescence
pour la bande à Platini. Je dois bien avouer que la balance bascule cette
année.
Il fallait bien avant un Platini pour nous permettre d’accéder
à Zidane. Sorte de filiation du football champagne au jeu moderne.
Et il me reste cette remarque d’Arsène Wenger, je crois, après France
– Portugal qui disait simplement en parlant de ces onze conquérants de 2006 que
cette équipe là n’aurait pas perdu à Séville en 82.
Le déclic s’est effectué dans ma petite tête, le traumatisme de
mes onze ans vient de s’effacer en une seconde. Le hasard a voulu que ce soit
cette année, en Allemagne, et même si des retrouvailles avec nos voisins
teutons en finale auraient pu être teintées de souvenirs, il est bon de tourner
une page.
Plus qu’un match, un seul.