Au crampon affûté

Digressions philosophiques et sportives

30 juin 2006

Kronique N°32 - La probabilité d'une évidence

Dans mes pronostics, j’avais prévu l’évidence la plus probable, soit, une France qui termine première de son groupe.
J’avais aussi prédis que le Brésil ne gagnerait pas la compétition. Je pense toujours que c’est vrai.

Par contre, je n’avais pas forcément réfléchi au fait que la France était en position de réaliser cette prédiction.

J’ai aussi supposé que la finale serait Allemagne – Italie parce que je supposais que la squadra azura, comme à son habitude, terminerait difficilement à la seconde place de son groupe avant de monter en puissance. Elle a terminé son groupe difficilement mais à la première place, ce qui empêche l’Allemagne – Italie en finale et l’avance à la demi-finale.

Donc, le pays organisateur va tenter la plus haute marche face à l’une des 4 nations suivantes : Angleterre, Portugal, Brésil ou France. Or, je disais dans mes pronostics que l’Angleterre et le Portugal ne suivraient pas.

La perfide Albion n’a toujours rien démontré et le Portugal s’avèrerait le plus coriace des deux. Pendant ce temps là, Vinvin attendait les Pays-Bas et ses garçons bouchers. 

Je n’ai finalement qu’une attente, c’est l’élimination de l’Ukraine. Pour le reste, tous les anciens vainqueurs de la compétition répondent présents avec le Portugal en cadeau Bonux. 

A droite de l’écran, l’échantillon fou des internautes interrogés (Lemerre) volontairement est composé de :
19 % de fins du pif en proposant l’Espagne ou les Pays-Bas
0 % de réalistes (en espérant que cela) soit vrai pensent que l’Angleterre sont nuls
6 % imaginent l’Italie faire péter les pizzas sur des Piaggio
10 % de croyants possédant une statuette de Raymond sur leur table de chevet
17 % d’objectifs statisticiens prônent pour le pays organisateur aux 40000 dames distribuant la joie et la bonne humeur
48 % pensent sont américains sudistes avec le Brésil et l’Argentine avec 24 % chacun 

Je viens de remarquer que j’avais omis le Portugal. Toutes mes confuses.
C’est important de faire le bilan maintenant car je vois bien des petits filous orienter désormais les votes sur un pc trafiqué.

Je ne me rappelle pas forcément un tel niveau d’opposants restants en lice pour la coupe Jules Rimet depuis des lustres.
Il y a donc de grandes chances que le gagnant ajoute une autre étoile sur son maillot. 

France – Brésil. L’Histoire veut qu’en Coupe du Monde, la France mène étrangement d’un point sur une séance aux tirs au but.
Brésil 5-2 France en Suède 1958 avec Fontaine et Kopa (1/2 finale)
France 1-1 Brésil au Mexique 1986 avec victoire tricolore aux tirs au but (1/4 de finale) et le carré magique Platini-Giresse-Tigana-Fernandez
France 3-0 Brésil en France 1998 (Finale) avec Zidane et tous les autres aussi méritoires. 

France – Brésil en Allemagne 2006 (1/4 de finale) avec Zidane de nouveau.

L’explication de texte qui va se dérouler ce samedi soir va mettre les choses à plat.
Peu importe les parallèles et les ressemblances que tout le pays cherche entre ce match et les précédents. 

Ce qu’il y a de positif et qui ressort de ces confrontations, c’est la qualité du jeu développé.
Alors ne boudons pas notre plaisir.
Cachée derrière tout ce qui s’est dit, la carrière des uns et des autres, à Zidane, des signes qu’on veut prémonitoires d’un destin extraordinaire, il y a toujours une petite lueur, la même dont je parlais au tout début.

Ce n’est plus très objectif tout cela.

Et si c’était possible.

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29 juin 2006

Kronique N°31 - Sevrage

Quelque chose d’étrange est arrivé hier.

Je suis rentré plus tard que ces dernières habitudes, l’esprit presque léger. Rien à faire de particulier, juste construire un château de Lego à petite mademoiselle, me prendre une balle en plastique sur la tête à bout portant par petit monsieur.

Puis, peu après les informations de 20h, je commençais à zapper. TF1, M6, Canal, rien. J’allais vivre ma première soirée sans rectangle vert depuis exactement 19 jours (même 20 en comptant hier). Nous ne regardions même plus le programme TV depuis bien des jours, j’avais L’Equipe sur l’accoudoir. Je ne sais même pas ce qui a bien pu se passer sur les ondes hertziennes depuis le 9 juin.
Madame me demandait si je supportais bien le manque, si le remplacement d’un ballon par Nicole Kidman était supportable (L’interprète). Heureusement, le film débutait sur une scène dans un stade africain (délabré certes, mais un stade) avec des enfants qui jouaient au foot (des enfants soldats certes, mais qui jouaient au foot). 

Nerveusement, au bout de 45 minutes de film (et 2 minutes supplémentaires de tournage), je tripotais France Football, j’avais envie d’uriner et de me lever pour fermer les volets.
M’apercevant qu’il n’y avait aucune pause dans l’intrigue, je ressentais des bouffées de chaleur et commençais à suer abondamment. Je changeais de position sur le canapé en tapotant la télécommande comme pour zapper les pubs qui ne manqueraient pas d’arriver.
Mais non, rien de rien, le film continuait. J’essayais de ne plus penser au rythme nouveau. 

22h03 au magnétoscope, ma tension s’apaisait mais aucune scène du film ne relançait le match le scénario.
Je me resservais un verre d’eau, comme d’habitude, d’abord le verre droit puis le verre gauche.
Je tourne la tête, un maillot bleu trône sur une chaise du salon. En le regardant je ressens quelque démangeaisons. Heureusement, je portais le tee-shirt Adidas de La victoire est en nous post-Mondial 98. J’avais prévu un minimum de transition pour le sevrage. 

Le film avançait, je crois que je m’y intéressait finalement. Nicole me détendait. Je pensais à elle avec empathie, sa tristesse me rappelait que l’Australie, son pays, avait été éliminé par l’Italie sur un penalty sévère à une minute de la fin. J’espère qu’elle n’y pense pas trop. Sean Penn est décidément meilleur acteur que les Etats-Unis une bonne équipe.
Mais je revenais sur le film.

22h52
Tout se termine presque bien à la fin sauf pour Nicole qui se fait expulser dans son pays. Il n’ont pas montré de ralenti mais elle avait du insulter Sean ou un autre acteur pour se prendre un carton rouge comme ça. Quand même, je me disais, que Nicole, il ne faut pas l’expulser comme cela, c’est comme donner un carton à Zidane.
J’espère que la Fédération ne sera pas trop dure avec elle et qu’elle n’aura qu’un seul film de suspension. Nicole est une grande actrice et manquerait au cinéma. 

A 23h07, je reprenais le quotidien comme si de rien n’était. Avec un peu de recul, je me dis que j’avais bien supporté ma première soirée de sevrage. J’essayais de ne pas trop penser au lendemain, j’ai vu que le prochain match avait lieu vendredi. 

Justement, ce soir, il y a la série Rome sur Canal. J’ai vu la présentation des équipes, ils sont bien en short et il y a bien des séquences dans des arènes. Les arènes ressemblent beaucoup à des stades non ?


Etant conscient de l'absence évidente de football dans cette note et pour me faire pardonner, je vous propose d'aller lire le résumé d'un match ICI.
(toute ressemblance avec des personnages ayant réellement existés ne serait que coïncidence fortuite... bla bla).

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28 juin 2006

Kronique N°30 - Les couilles du toréador

Avec mes excuses pour le titre.

La configuration est établie. Mon poteau arrive dix minutes avant le coup d’envoi, juste le temps de faire la bise aux nains et les hymnes peuvent débuter.
Il est des soirs plus importants que d’autres, aussi nous nous tenons debout bras sur les épaules, face aux joueurs et dans l’entrain de la Marseillaise. Comme depuis le Togo, je porte le maillot bleu de 98, celui qui n’a pas encore l’étoile or arrachée un 12 juillet.
Ça ne doit pas s’arrêter ce soir comme c’était inconcevable que la vieille génération s’en aille par la petite porte vendredi dernier. Il ne fallait pas écouter la presse espagnole et encore moins le sélectionneur ibérique. Le match semblait être joué sur le papier. L’expérience française serait dépassée par la fougue jeunesse espagnole.
Je disais hier que je croyais y croire.

Le battage médiatique sur l’armada espagnole faisait effet, j’étais excessivement méfiant. Les deux équipes pressaient haut, cherchaient la possession du ballon. Le rythme était peu élevé, les picadors se plantaient sur une accélération. J’aimais les interceptions défensives tricolores prouvant qu’ils étaient bien entrés dans le match.
Toujours avec cette idée de pourvu qu’ça dure, le match avançait. 

La première faute fut pour eux. La première action fut pour nous lorsque ni Ribéry, ni Vieira ne purent reprendre un centre devant les buts.
Nous devisions tactique, commentions le choix du seul attaquant français et Thuram mit la semelle. Je vis la simulation avant d’acquiescer, bien obligé. Barthez partit du bon côté mais le penalty était parfaitement tiré dans le petit filet.
Dans un match aussi verrouillé, le premier but, dit-on, souvent à raison, est décisif.
Ce n’était pas mérité, pas forcément mais débloquait la partie.

Henry aura passé 90 minutes à jouer de l’autre côté de la ligne virtuelle du hors-jeu. Pas une faute d’arbitrage, rien à se mettre sous la dent de ce côté-là. Le référé italien fut tout simplement parfait, le meilleur depuis le 9 juin. 

Comme l’équipe et le pays, je patientais en voyant les secondes s’égrener jusqu’à la mi-temps avec l’assurance qu’un deuxième but encaissé serait fatal.
Nous discutions de l’âge du capitaine lorsque le ballon partit dans le dos de la défense espagnole, Ribéry fit tour du périphérique avant de crocheter Casillas dans un mouvement presque trop lent, un tir du talon et deux défenseur plongeaient pour tacler la balle en dehors du but déserté. Le ballon passait, je ne sais pas encore comment. L’ex-néo-futur-ancien lyonnais (ou marseillais) rejoignait le banc de touche pour sauter sur ses coéquipiers.

Après tant d’occasions ratées dans les matchs précédents, ce but déclenche tout.
Quelques instants avant la mi-temps, ne pas se relâcher, surtout pas. Les équipes se maîtrisent. 

1-1 pendant un quart d’heure. Nous prenons le frais dans le jardin. Je me donne une contenance en jouant avec le chien qui perd ses poils. Le stress du match sans doute et ses sursauts lorsque nous hurlons. Je reviens avec deux minutes de retard le temps d’une bouteille d’eau à récupérer et d’un petit pipi salvateur (c’est intéressant non). Je ne sais pas si c’est bon pour la concentration d’aller ainsi se soulager avant la reprise. Selon le même raisonnement, je m’étais rasé la veille pour ne pas perdre l’influx.

La seconde moitié du match est identique à la première avec un jeu espagnole qui se développe et se heurte à la défense française. Les bleus jouent en contre, c’est étonnant. Henry est toujours hors-jeu. L’arrière latéral hispanique à la calvitie évidente commence à me chauffer.
Aragones fait ses premiers changements, très tôt. A vingt minutes de la fin, il avait fait ses trois remplacements. Je ne comprenais pas. Il avait donc modifié quelque chose en écartant son équipe sur les ailes sur un schéma proche de l’équipe de France. Raul le madrilène était sacrifié. Je ne sais même plus ce qu’il s’était passé durant ce début de seconde mi-temps. Le match n’embrayait pas sur une prolongation, ça se sentait, ça se règlerait étrangement, à la coréenne peut-être. La frontière entre le match réussi et le raté était faible. 

Raymond réagissait lentement aux modifications tactiques espagnoles. Je réfléchissais au banc en nommant les remplaçants. Nous en concluions qu’il était faible. Rien ne changeait, le coaching à la Raymond me faisait peur. Vas-y, réfléchis, je ne comprenais plus rien. Puis à ¼ d’heure de la fin, Govou, celui qui a le numéro prévu de Cissé spectateur crêté du soir, rentrait.
Je restais circonspect. Govou, pas possible, pas lui quand même. Mais que fait Raymond ? Malouda en demi teinte sortait. J’étais perdu tactiquement bien que ce fut un remplacement poste pour poste. Il se passait des trucs sur le terrain et même les explications d’Arsène Wenger ne me paraissaient pas limpides. 

Au moment où Vieira piqua sa tête sur le coup franc de la 84ème minute, je voyais le ballon à l’extérieur pendant 2 secondes, il n’y avait pas but. Juste le temps pour la caméra de se fixer sur Iker avec le ballon dans les bras à l’intérieur des buts. J’entendais but en décalé et sauta en beuglant. Nous rebondissions de concert entre la table basse et la télé.
Les joueurs s’entassent dans une joie que nous n’avions pas vue depuis longtemps. Vieira est encore une fois, grand, très grand.

Je reprenais ma position avec le chronomètre en ligne de mire. Mon poteau proposait d’amener son cardiomètre pour le prochain match. Que c’est long cinq minutes.
Henry sortit pour Wiltord. Raymond jouait le résultat en l’état. J’imaginais déjà le changement Ribéry – Saha en cas d’égalisation.
Plusieurs corners hispaniques de suite, quelques coups de sifflet bien à propos de l’arbitre. Deux minutes d’arrêts de jeu qui se transformaient en 3. Trop long. Je n’empêchais pas mon esprit de courir jusqu’au Brésil de samedi. Des choses trop belles pour ne pas y penser sérieusement quand on mène 2-1 contre l’Espagne à 5 minutes de la fin. 

L’Espagne perdit un ballon bêtement en touche, je me disais qu’ils n’y étaient plus. Puis l’interception, le une-deux-trois d’école pour décaler Zidane sur la gauche. L’essence dans le moteur paraissait manquer mais la défense espagnole peinait à revenir aussi. Zizou repique dans la surface, il fait le crochet sur Puyol et tire au premier poteau. Iker est trop court, pratiquement à contre-pied. Le ballon rentre, c’est de nouveau l’hystérie de la délivrance, la victoire qu’on ne remet pas en cause, l’estocade. Le vieux taureau porte en haut de ses cornes acérées les cojones d’Aragones. Comme ajoute mon poteau : ‘Aragones, tu l’as eu dans les fesses’.

La fin n’est que soulagement, Henry saute sur le dos de Raymond, les joueurs rayonnent. Nous aussi. Le parfum des années fastes revient. 

Je me tourne :’hé, au fait, samedi soir, tu fais quoi ?’

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27 juin 2006

Kronique N°29 - Corrida

En temps normaux, c'est-à-dire les jours où il n’y a pas de 1/8ème de finale de Coupe du Monde entre l’Espagne et la France (avouons que c’est une majorité de temps), je ferai mon travail de mardi de juin sans les mains moites.
Mais, les doigts glissent sur le clavier comme une tomate mozzarella basilic sur l’huile d’olive. 

L’Espagne est joueuse et se présente sous ses plus beaux atours, prête à achever le vieux et lent taureau qui paradait dans l’arène des années auparavant.
Je n’aime pas la corrida et je ne suis jamais aussi heureux que lorsqu’une corne pique quelques cojones pendantes parce que le mini Big Jim décoré en sapin de Noël avait sous estimé son adversaire.

L'Espagne est favorite, la France a perdu ce statut.

La confrontation est belle car deux styles vont s’écharper pendant 90 ou 120 minutes dont j’ose penser que le spectacle sera autrement plus plaisant que celui de la veille.
Le pays va arrêter son souffle, le périphérique parisien va être aussi fluide que certains transits intestinaux avant un tir du trio Villa-Torres-Raul, l’audience de la Une va encore atteindre son record annuel et les gens vont se regrouper pour expier leurs craintes de la fuite d’un espoir à peine né d’un soir au couleurs togolaises.

Et si Monsieur le corps arbitral pouvait se montrer irréprochable, juste une fois, juste pour ne pas avantager une équipe, volontairement ou non, comme un second but hors jeu du Brésil contre le Ghana qui change un match. Et si la Fifa avait pu nommer un arbitre d'un autre continent que celui de l'Europe pour ce match.
 

Dans les cafés, les bars, les terrasses, il y aura toujours les mêmes images de ces yeux braqués comme des phares vers la pelouse cathodique.
Hanovre va résonner entre chant de coq et castagnettes. Manolo va taper comme un sourd sur sa grosse caisse maintenant qu’il a fini de faire du stop. 

Alors comment va sortir Zidane ?
La compétition vient de commencer. Ce serait dommage.
Je crois que j’y crois. Rien ni personne n’a affirmé la facilité de la tâche.

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Kronique N°28 - Un quart pour oublier

Il y a des parties manquées dans des embouteillages, un rendez-vous qui se prolonge, un évènement familial, un compromis momentané, un arrosage de salades. Ou bien s’agit-il que de moments brefs ou plus longs pour un rasage, une douche ou le repas des nains, voire un coup de téléphone, un aspirateur à passer, quelqu’un qui sonne à la porte, un dîner.
Mais dans l’ensemble chaque match comporte son intérêt. Il y a toujours un petit moment sans prétention qui rassure le spectateur.
J’ai eu la chance de rater Ukraine – Tunisie qui fut un grand moment de solitude pour le football.
Des autres groupes, il a été dit que France – Suisse fut le pire match de la compétition à ce stade d’alors alors qu’on arrivait à trouver un intérêt à Suède – Trinité etcetera. Certains matchs furent pauvres techniquement et ou en buts. 

Mais à partir des 8èmes de finale qui se terminent déjà ce soir, tout est différent d’avant, de l’écrémage précédent.
Force est de constater que l’Argentine a relativisé son jeu flamboyant en passant sur le Mexique en match couperet. 

Vous connaissez Oleg ?
Oleg Blokhine n’est pas un rigolo. Ce fut une star en attaque avec le Dinamo de Kiev, ballon d’or France Football 1975 mais ce n’était pas un rigolo. Oleg était russe de l’URSS alors et ce n’était pas un rigolo.
Après l’humiliation contre l’Espagne en poules (0-4), il employait des mots forts qui prouvait le manque d’humour de cet ancien militaire. Il fallait bien être militaire dans les années 70 en URSS pour faire du sport à haut niveau.
Mais Oleg est ukrainien maintenant (et toujours pas très rigolo) et en quart de finale de Coupe du Monde pour la première participation de son équipe. 

En face, il y avait les Suisses, eux aussi, durs à cuire. Ils ont perdu sans perdre et sans encaisser de buts dans le jeu. C’est étrange le football, non ? 

Le fait est que l’Ukraine et la Suisse ont été mêlées aux deux matchs les plus insipides des groupes de la première phase. La France et la Tunisie n’y ont pas été pour rien mais sont en dehors du coup d’hier soir. 

Donc, je disais en préambule qu’il peut arriver de rater un morceau ou tout un match à cause de nos vies trépidantes remplies de tribulations non moins nerveuses.
Seulement, hier, lundi 26 juin 2006, j’ai craqué comme je cède rarement.
Après 90 minutes de ce match, j’ai déposé les armes, je suis parti tête basse.
On m’aurait demandé le futur score du match au bout de dix minutes de jeu, c’était déjà transparent comme la tête pleine d’eau de l’arbitre Ivanov. Le 0-0 nous crachait à la gueule son mépris.
Au bout d’une heure déjà, je n’espérais plus rien que de finir mon verre d’eau gazeuse qui montrait plus d’agitation que le terrain de Cologne. Une histoire d’eau.

Diantre que le spectacle fut aussi désolé qu’une steppe russe près de Vladivostok. Juste quelques herbes balayées par le vent qui ondulaient dans les tribunes.
J’ai donc quitté l’écran vers 22h50, laissant helvètes et hommes de l’est à leurs occupations.
Il n’y avait pourtant plus que 30 minutes déjà sculptées dans le marbre pour atteindre les premiers tirs au but de ce Mondial. Mais ce fut trop, je n’en pouvais plus d’indigence. 

J’appris ce matin que l’Ukraine rencontrerait l’Italie, égale à elle même. J’avais fait de la Suisse mon outsider. Dommage. 

Oleg, qu’as-tu fait de ton football ?
Köbi Kuhn, ton équipe sera-t-elle la même dans 2 ans pour ton Euro ?

 

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26 juin 2006

Kronique N°27 - Lundi emballé

Angleterre – Equateur fut une telle purge que Beckham a juste eu le temps de marquer un but sur coup franc entre deux vomissements. Ce sont les jardiniers qui seront contents de ne pas ajouter d’engrais.
Comme convenu, Portugal – Pays Bas fut indécis, autant sur le nombre d’expulsés en fin de match que du nom du quart de finaliste retenu.
Quatre cartons rouges furent le minimum syndical et j’attendais non sans une certaine joie que les équipes terminent à 5 contre 5 (je sais, ce n’est pas possible) sur un demi terrain. Ce n’est pas un hasard si les hollandais ont cette réputation un peu bourrine et si les portugais sont connus pour leurs simulations.
Alors évidemment, un portugais qui tricote un peu, qui fait de l’esbroufe pour se la jouer, ça agace. Il ne faut pas s’étonner que le ‘deux neurones en parallèle ’ d’en face sorte l’artillerie lourde.
Ensuite, une baffe, un coup de coude, un autre de boule, on se regarde, on se marche dessus, il ne manquerait plus qu’ils se respectent ces gars là. 

Et puis bien sûr, l’homme du match fut de nouveau, comme lors du neutre et calme France - Suisse aux 8 cartons jaune, Mr Ivanov. Il siffle, il ne siffle pas, il laisse l’avantage quand une jambe est broyée et arrête l’action pour vérifier ses lacets, il donne un jaune quand il faut un rouge et ne sort pas le rouge quand des crampons s’enfoncent sur les épaules adverses.
Ils n’ont rien d’autre à la Fifa pour un match comme celui-ci ?

Van Basten, l’ex-star orange doit bien être déçue de son équipe qui n’aura pas su mettre une malheureuse baballe dans les buts en supériorité numérique.
Sûr que la défense et défiance portugaise peuvent avoir le sourire amoché du boxeur vainqueur édenté avec les yeux au beurre noir. 

Aucune des deux ne démontre son droit à remporter le trophée. Et comme l’Angleterre, futur adversaire, n’a encore rien affiché, cela promet pour le quart de finale. 

En attendant, je me retrouve avec deux enfants mal fichus d’une météo aléatoire pour mon solde de reteuteu. Ah ça, ils ne pourraient pas moucher, cracher, tousser un jour de labeur. Ben non, c’est repos à la maison, docteur et je suis sûr que le rendez-vous sera pris à l’heure de l’Italie – Australie. Plus de respect les gamins. Carton rouge aussi et paf.
Après Dora l’exploratrice et Tchoupi, je fatigue déjà. Je dois couver quelque chose. 

Bon, y’a un épisode des Sauvetout qui commence et que je n’ai pas vu. Je vous laisse pour un lundi à priori nuageux.

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25 juin 2006

Kronique N°26 - Penser des balles

Kronique n°3, je dis : « Klose et Podolski feront partie sans aucun doute des vedettes de la compétition »
Note L’hypothèse, je dis : « Allemagne – Italie en finale ? »
Je crois que j’atteins la vitesse de croisière puisque je cite mes propres sources fièrement. 

Et on y est, Allemagne – Argentine en quart. L’Allemagne va y aller, elle va se faufiler sans coup férir jusqu’à la Coupe Jules Rimet. Fi de l’Argentine qui ne pourra plus développer son football champagne avec la pression des matchs couperets.
Il n’était pas chiant le match de 21h hier ? Hein ? Ben si.
Quelques heures avant l’équipe allemande avait débordé la Suède d’une blitzkrieg footballistique de dix minutes qui aura plié proprement le match.

Bientôt l’Angleterre va souffrir un peu contre l’Equateur juste pour savourer le plaisir de préparer le Portugal ou les Pays Bas à l’étape suivante. Voilà bien un match totalement étonnant dans lequel je ne saurai décider qui des portugais, qui des hollandais passeront ce soir.
Ensuite, un chouette Brésil – Espagne ou France et un Suisse – Italie. 

Elles ne sont pas belles ces confrontations ?
En attendant, le souci français reste de savoir comment jouer tactiquement avec Zidane.
Deux attaquants, un, quelles formations ? Vas-y Raymond, discute avec les anciens, pondez-nous quelque chose qui contredise les prévisions espagnoles.
Et puis, juste par principe, si Henry pouvait fêter le but vainqueur face au sélectionneur hispanique Aragones qui l’a appelé ‘sale nègre’ en novembre 2004...(la traduction varie aussi avec 'noir de merde')
Juste par principe.
Les journaux de l’autre côté des Pyrénées ne parleraient sans doute plus le jubilé de Zidane pour mardi. 

Hier soir, je terminais l’Argentine – Mexique avec le parrain du fiston, pas footeux pour un sou vingt ans plus tôt, ayant revu sérieusement ses goûts en la matière. Je terminais également la vieille bouteille de génépi dans laquelle un petit bonhomme en bois allait sécher.
J’écoutais de nouveau ses constatations sur les gens qui changent, ceux qui ne changent pas –mais en fait qui changent sans qu’on s’en aperçoive- . Et du soleil d’hier à la pluie ininterrompue de ce dimanche, je me dis que tout cela n’est rien.
A chacun sa baballe pour marquer sa vie. 

Et je ne referai plus de philosophie de bazar.

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24 juin 2006

Kronique N°25 - La pénitence

Pardon Raymond, j’ai douté.

Certes, tu as fait sortir Vieira dix minutes avant la fin, toujours dans le but de lui faire profiter d’une standing ovation, comme Zidane à trois minutes de la fin du dernier match. Vieira fut énorme comme rarement un joueur le fut.
Dix minutes, trois minutes, quelque chose me dit que tu te lâches Raymond.
D’autant que tu avais remplacé auparavant les deux milieux excentrés (un milieu peut-il être excentré d’abord ?) en faisant rentrer Govou dont on ne sait s’il a touché la balle sauf sur une action où il pensait traverser le terrain en ligne droite et Wiltord qui décidément n’est que l’ombre de lui-même.
Tu as laissé un Makélélé étrangement absent des débats sauf pour distribuer des passes aux togolais. 

Ton coaching me plait, Raymond car je n’y comprends rien et c’est bien la preuve que je n’ai absolument pas les compétences d’un professionnel du football et donc que toutes mes remarques ne sont pas fondées. 

Mais j’ai douté Raymond. Je m’excuse. J’ai pourtant dit précédemment que c’est à la fin qu’on comptera les points. Mais à la mi-temps, alors que la France devait mener 5 ou 6 à 0, j’avais déjà changé deux fois de caleçon, j’avais déjà balancé les coussins par la fenêtre et mon verre n’avait raté que de peu le téléviseur. Mon poteau, avec qui je tressaillais face à l’écran, devenait blanc ou rouge par intermittence. Nous étions deux adultes mâles à ne savoir si les occasions manquées étaient le signe de la persévérance ou seulement le signe que c’était purement une chiotte de match pourri sous de mauvais hospices.

Tant qu’il y avait 0-0, c’était limpide, nous allions nous prendre en contre, sur la seule attaque togolaise et sur un centre tir dévié rebondissant sur la seule ‘tain de motte de terre d’une taupe allemande élevée par Rumenigge, un but improbable de raccroc.
C’était clair, il suffisait d’attendre, de regarder Ribéry balancer des missiles exocet dans les étoiles, voir Treze(no)goal s’agiter et ne pas cadrer, Henry sprinter dans le vide comme en finale de 100m olympique pour comprendre que le but togolais était inéluctable.

Ensuite, il y eu 1-0. Je restais prostré, les mains sur la tête pendant plusieurs secondes en me disant que non, ça n’est pas possible, on va flipper jusqu’au bout parce que ces andouilles de coréens et de suisses d’en face allaient égaliser.
Le ballon circulait moins nettement dans les jambes bleues et le Togo fut inexcusable en ne cessant de vouloir marquer contre ses anciens colonisateurs. C’est un coup à ce que la France ne se mêle plus de leurs élections présidentielles !

J’ai douté jusqu’au second but Raymond parce qu’il arrive à mon pays depuis 6 ans, le retour de bâton d’une réussite trop présente pendant le doublé 98-2000 et que la réussite se vengeait avec délectation.
L’arbitrage ne fut pas fiable, comme d’habitude et je pressentais une expulsion ou un penalty idiot comme la Tunisie dans l’après-midi.
La France serait donc aux mêmes loges des équipes africaines  pour l’arbitrage orienté de la Fifa ? Il est vrai notre équipe est joyeusement colorée cette année et j’en entends des vertes et des pas mures sur cette constatation extra sportive. Les arbitres de la Fifa ne se fient-ils qu’aux couleurs de peau pour siffler à tort et à travers ?

A 2-0 sur les deux matchs à ¼ d’heure de la fin, nous respirions et les mots d’humour revenaient. Même les mauvaises passes passaient devant nous avec indulgence.
Il faisait frais dehors à 23h. Je me disais que l’essentiel était fait et que le Mondial commençait enfin.

Mais j’ai douté Raymond. Pour me faire pardonner, j’ai fait pénitence ce matin.
J’ai repassé pendant deux heures avec le Best Of de Francis Cabrel 77-87 (véridique).
Puisses tu m’excuser un jour.


PS: hospices, auspices, à cause de l'âge de l'équipe. Non? Bon, désolé.

 

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23 juin 2006

Kronique N°24 - Superstition

En fait, malgré les apparences, je déteste bavasser sur les matchs attendus, imaginer les scénarios, me flageller d’avance, mettre une bouteille au frais au cas où.
Je n’aime pas le comportement trop prétentieux d’une victoire assurée. 

Statistiquement, l’équipe de France n’a pas gagné un match depuis que cette chronique a commencé.
Vous savez que le supporter, comme le sportif, est souvent superstitieux ? 

Donc, …

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Kronique N°23 - L'impensable

Le plus doué footballeur de ces quinze dernières années fête son anniversaire aujourd’hui. Il a 34 ans et ne jouera peut-être plus un seul match professionnel.
L’équipe doit gagner pour lui, pour Cissé et sa jambe de bois, pour donner tort à tous ses détracteurs, et doit vaincre pour ne pas être ridicule et laisser aller une génération sans le sentiment du devoir accompli. 

Dans seize jours au plus tard, tout sera différent. L’équipe de France n’aura plus ce statut d’entre deux chaises avec la nostalgie d’une époque dorée et le retour à la banalité.
L’équipe de France, et cela depuis toujours (
autant que je m’en souvienne), n’aime pas jouer contre la Suisse, la Corée, le Togo, le Mexique, la Croatie, l’Australie et toutes ces équipes dites de deuxième catégorie, voire de troisième.
L’équipe de France aime jouer contre les monstres contre lesquels elle n’est pas favorite. Imaginons la suite avec un 1/8ème contre l’Espagne, un ¼ contre le Brésil, une ½ contre les Pays-Bas ou l’Angleterre et une finale contre l’Allemagne.
Ou, 1/8ème contre l’Ukraine, un ¼ contre l’Italie, une ½ contre l’Allemagne et une finale contre le Brésil. 

Ça, ça a de la gueule. Ça ressemble à des chocs dont on se souvient trente après, ça ressemble à un chemin sur lequel les héros se forgent une autre légende, ça ressemble à une épopée, qui même interrompue par un combat acharné, se grave dans le marbre de l’Histoire de la Coupe du Monde.
Ça, ça fait rêver et on pardonne plus aisément la défaite avec les honneurs. 

Mais le Togo, je n’ai rien contre les Togolais, ils vont jouer sans peur et sans reproche le coup à fond les balloches. C’est bien normal. Mais le Togo, je sais bien qu’il n’y a plus de petites équipes, d’ailleurs, l’Australie est qualifiée, le Ghana peut avoir de bons espoirs. Je respecte profondément le Togo, la question n’est pas là. Un match n’est jamais joué d’avance. Il est le passage obligé pour la revanche de 2002. 

Quelle revanche d’ailleurs ?
En 2002, il s’agissait du Danemark qui jouait pour sa qualification. En 2006, il s’agit du Togo, déjà éliminé.
Viera dit qu’une élimination cette année serait pire que la précédente. Il a raison.
Il est impensable d’imaginer l’élimination. Je ne sais même pas pourquoi il en est question d’ailleurs. Pourquoi en parle t’on ?

Je commencerai le match avec en tête l’idée qu’il ne peut en être autrement. Et le temps s’arrêtera.

 

Et pendant que le temps sera arrêté, TF1 aura allumé tous les cierges possibles de Notre-Dame et priera de toutes ses forces. Mais c’est un autre sujet.

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